Aimer jouer avec le feu ne mène pas forcément à la pyromanie. Enfant, c’est un petit feu pour griller quelques châtaignes ; adolescent, c’est un feu de camp entre copains ; et maintenant c’est une merveilleuse petite machine qui vous cuit de la terre à 1300° en quelques heures. Mais à chaque fois le plaisir est dans la conduite du feu, dans la volonté de le maîtriser pour le mener là où il donnera ce qu’on attend de lui sans faire de dégâts autour.

Cuire au bois c’est se frotter à l’ultime élément qui aura le dernier mot sur l’intention qu’on avait en posant les mains sur la terre. Il y a bien sûr la chaleur, la fatigue, mais il y a aussi les odeurs, les bruits , les moments de méditation et les instants de convivialité.
Au troisième jour de refroidissement, enfin, tout est révélé : les empreintes sur le grés soulignées par l’engobe de porcelaine, la touche flamboyante d’un trait de kaolin, l’affaissement d’une forme trop audacieuse pour la résistance de cette argile, le bronze doré du couple cuivre manganèse, un petit godet de sel qui a légèrement basculé et s’est collé à un pichet, une trace sombre de réduction, une progression du mat au brillant provoqué par le sel, un petit peu de cendre fondue, bref, toute la genèse de l’objet est là, inscrite à jamais.



